Sans consentement
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Les routes étaient sinueuses et très fréquentées. Nous devions nous faufiler entre les bus, les voitures, les camions et des dizaines de scooters qui ne cessaient de nous couper la route.
Coincé à travers toute cette cohue de véhicules, je ne pus, malheureusement, éviter un profond nid de poule qui s’ouvrait devant moi.
Nous fûmes tous deux éjectés du scooter.
Indemne, je me relevai rapidement. Brigitte, par contre, était toujours étendue sur la route, grimaçant de douleur tout en tenant sa jambe gauche juste en dessous de son genou.
Plusieurs hommes s’approchèrent de nous pour arrêter la circulation et nous aider.
Un petit homme laid, obèse et trapu, vêtu d’une salopette sale et huileuse, se dirigea vers nous et demanda à deux autres hommes présents de transporter notre scooter amoché jusqu’à son atelier de réparation mécanique situé, par chance, juste en face du lieu de notre accident.
Puis, se tournant vers moi, il pointa du doigt la façade d’un immeuble un peu plus loin sur la route en disant dans un français hésitant « Médecin, là… Médecin ».
Il m’aida à soulever et à porter Brigitte jusqu’à la résidence du docteur. Je pouvais sentir tout le dédain qu’éprouvait Brigitte à être touchée par ce gros mécanicien, laid et sale.
Après avoir traversé un petit jardin privé, le mécanicien, sans même frapper, ouvrit la porte de la résidence du médecin. Visiblement, ces deux hommes se connaissaient bien.
Un couloir sombre nous amena jusqu’au bureau du praticien.
Un homme d’environ 70 ans était assis sur une chaise en bois derrière un vieux bureau. Manifestement, il ne nous avait pas entendu entrer chez lui.
Il avait la bouche ouverte et regardait fixement un ordinateur portable posé sur son bureau. Sa main droite était appuyée sur la souris. Sa main gauche, elle, était sous le bureau… à l’image d’un homme qui se caresse tout en regardant de la pornographie.
Le mécanicien lui lança « Bonjour » en turc… Le vieil homme eut l’air assez surpris de nous voir arriver, comme s’il avait été interrompu dans ses fantasmes.
Il se leva rapidement et je crus entrevoir une légère bosse déformer le devant de son pantalon de toile usé.
Le mécanicien lui expliqua en turc les circonstances de l’accident et ajouta : « Comme d’habitude, fais-moi signe lorsqu’il sera temps. »
« Le temps de quoi ? », me demandai-je, perplexe.
À ce stade-ci, je décidai de ne pas laisser paraître que je parlais couramment le turc. Je voulais savoir ce que ces deux-là complotaient.
Je m’avançai vers le mécanicien et lui serrai la main, le remerciant pour son aide tout en lui disant que j’irai récupérer mon scooter lorsque Brigitte aurait obtenu son congé.
Je crus percevoir une sorte de rictus se dessiner sur son visage lorsqu’il me répondit : « Pas pressé… pas pressé. »
Puis il quitta la pièce tout en saluant le médecin qui hocha la tête comme pour confirmer un accord entre les deux hommes.
Le vieux médecin ajouta même, d’un air complice : « N’oublie pas de prendre les vitamines que je t’ai prescrites ! »
Mais que manigançaient-ils ?
Le vieux médecin regarda Brigitte, puis se tournant vers moi, il me dit, dans un français tout aussi rudimentaire que celui du mécanicien : « J’examine… elle. Trente euros ».
Je hochai la tête pour acquiescer. Brigitte s’appuya sur mon épaule tandis que le vieux médecin lui soutenait le bras gauche.
Le vieil homme nous amena dans une salle d’examen située tout à côté de son bureau.
Sur le mur, une photo d’une jeune femme blonde, très jolie, avec un look rappelant celui de Brigitte.
« C’est votre fille ? » demandai-je en français.
« Non, pas fille… petite-fille… Azra… partie pour Istanbul.... aime pas campagne… ».
C’était la première fois que je pouvais observer correctement le vieil homme. Il avait l’air aussi vieux que sa salle d’examen. Il était très maigre avec des cheveux poivre et sel, lissés avec de l’huile. Il avait une moustache fine de couleur noire qu’il teignait sûrement. Son visage émacié lui donnait l’air d’un oiseau de proie.
Ses pantalons de toile étaient passés de mode depuis des années. Mal ajustés, avec des rayures et de grands revers. Il portait une chemise d’un blanc cassé qui autrefois avait dû être d’un blanc pur et une grande cravate marron.
Le vieil homme enleva le casque de Brigitte et me le tendit. Il écarta ses cheveux pour examiner son cuir chevelu près du point d’impact.
Brigitte semblait un peu secouée, mais je n’avais pas l’impression qu’elle souffrait d’une blessure à la tête. Je voulais juste que le docteur examine sa jambe, qu’il y appose un pansement pour que nous puissions continuer notre périple après avoir récupéré notre scooter.
Après une longue inspection où j’eus l’impression qu’avec ses longs doigts osseux, il caressait davantage les cheveux blonds et soyeux de Brigitte plus qu’il ne l’examinait (tout en jetant des regards furtifs à la photo de sa petite-fille accrochée au mur), il se tourna vers moi et me dit : « Elle a bosse… commotion… peut-être. »
Puis, il continua son examen afin d’évaluer la blessure à la jambe.
Brigitte portait ce jour-là des shorts courts, moulant son entrejambe et un chemisier en coton blanc à manches courtes.
Tout en regardant sa blessure, je me rendis compte que le vieux docteur reluquait ses jambes bronzées. LIRE LA SUITE
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